La beauté est difficile

C’est le passé de la littérature, son histoire propre, dont l’importance a crû au point d’étouffer le présent. À l’origine, elle naît du fracas des batailles, de la fureur des éléments, de ce qui, par essence, l’empêche, la nie. Ensuite, elle doit compter avec elle-même, avec la succession des formes qu’elle a revêtues. La grande narration européenne semble parvenue au terme de son histoire si, du moins, on fait sien le motif spiralé qu’a tracé le vieil Hegel, la fin renouant avec l’origine, l’origine préfigurant la fin. Ulysse, L’odyssée. Son ampleur, sa puissance, son exactitude ont atteint un degré de perfection au-delà duquel tout semble s’être brouillé, défait tandis que le monde, l’histoire poursuivaient leur cours impétueux, cataclysmique. Les meilleurs, les plus subtils des esprits ont constaté que les moyens accumulés ne répondent plus à ce qui se passe ou que les évènements — cela revient rigoureusement au même — échappent aux catégories de pensée qui leur avaient conféré, jusqu’ici, leur sens.

Pierre Bergounioux, Jusqu’à Faulkner, Gallimard, 2002.

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