Nous devons seulement essayer

Me voici donc à mi-chemin, ayant eu vingt années –En gros vingt années gaspillées, les années de l’entre-deux guerres –Pour essayer d’apprendre à me servir des mots, et chaque essaiEst un départ entièrement neuf, une différente espèce d’échecParce que l’on n’apprend à maîtriser les motsQue pour les choses que l’on n’a plus à dire, ouLire la suite « Nous devons seulement essayer »

Destin(s)

Il n’y a pas d’homme si sage qu’il soit, me dit-il, qui n’ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir lui soit désagréable et qu’il souhaiterait être aboli. Mais il ne doit pas absolument le regretter, parce qu’il ne peut être assuré d’être devenu unLire la suite « Destin(s) »

Je ne sais plus rien

Pardonnez-moi mon ignorance Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers Je ne sais plus rien et j’aime uniquement Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes Je médite divinement Et je souris des êtres que je n’ai pas créés Mais si le temps venait où l’ombre enfin solide Se multipliait en réalisant laLire la suite « Je ne sais plus rien »

Nuit étoilée

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la fouleDes troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulentL’angoisse de l’amour te serre le gosierComme si tu ne devais jamais plus être aiméSi tu vivais dans l’ancien temps tu entrerais dans un monastèreVous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prièreTu te moques de toiLire la suite « Nuit étoilée »

Le bourgeon

Nulle part ni jamais la forme n’est résultat acquis, parachèvement, conclusion. Il faut l’envisager comme genèse, comme mouvement. Son être est le devenir et la forme comme apparence n’est qu’une maligne apparition, un dangereux fantôme. Bonne donc la forme comme mouvement, comme faire, bonne la forme en action. Mauvaise la forme comme inertie close commeLire la suite « Le bourgeon »

La tentation de saint Antoine

Ô bonheur ! bonheur ! j’ai vu naître la vie, j’ai vu le mouvement commencer. Le sang de mes veines bat si fort qu’il va les rompre, j’ai envie de voler, de nager, d’aboyer, de beugler, de hurler. Je voudrais avoir des ailes, une carapace, une écorce, souffler de la fumée, porter une trompe, tordre mon corps,Lire la suite « La tentation de saint Antoine »

Le cantique des créatures

Loué sois-tu mon Seigneur,avec toutes tes créatures,et surtout Messire frère Soleil,lui, le jour dont tu nous éclaires,beau, rayonnant d’une grande splendeur,et de toi, ô Très-Haut, portant l’image. Loué sois-tu, mon Seigneur,pour sœur la Lune et les étoilesque tu as formées dans le ciel,claires, précieuses et belles. Loué sois-tu, mon Seigneur,pour frère le Vent,et pour l’airLire la suite « Le cantique des créatures »

Le secret de Vigo

Quel était le secret de Jean Vigo ? Il est probable qu’il vivait plus intensément que la moyenne des gens. Le travail de cinéma est ingrat par son morcellement. On enregistre cinq à quinze secondes de film puis on s’arrête pendant une heure. On ne trouve guère, sur un plateau de cinéma, l’opportunité de s’échaufferLire la suite « Le secret de Vigo »

L’œil de Chaplin

Comment est placé l’œil — en l’occurence, l’œil de la pensée ; comment regarde cet œil — en l’occurence, l’œil de la façon de penser,comment voit cet œil,un œil exceptionnel,l’œil de Chaplin,un œil capable de voir — et de faire voir — l’enfer de Dante ou le capriccio goyesque du thème des Temps modernes dansLire la suite « L’œil de Chaplin »